ARiNeXt
06 04 12 81 75 info@arinext.com

PME : « Si on n’a pas pignon sur Web, on n’existe pas » – Rue89 – L’Obs

Pourquoi les petites et moyennes entreprises françaises boudent-elles encore largement Internet et l’e-commerce ?

La France est plutôt à la traîne en Europe : seulement 15,8% des PME vendent sur Internet – c’est dans la moyenne européenne mais on se retrouve au 13e rang, derrière la Croatie, le Portugal et la Lituanie.

A l’export, elles ne sont même que 5%. Pourtant, du côté des consommateurs, la grande majorité des Français se sont bien mis au shopping en ligne [PDF].

La « transformation numérique » est-elle un truc réservé aux grands groupes du CAC 40 ? Comment aider l’artisan du coin ou le petit commerçant de proximité à s’ouvrir les portes du Web et rendre sa petite entreprise encore plus florissante, en accédant à une clientèle quasi mondiale ?

Aujourd’hui, c’est essentiellement Google qui s’y colle avec son programme, évidemment pas désintéressé, appelé « Google pour les pros » qui cible exactement ces plus de 3 millions de TPE et PME (soit 99% des entreprises françaises).

Sensibiliser les PME

Le gouvernement s’y met à son tour et a saisi en mars dernier le Conseil national du numérique (CNNUm) pour plancher sur les moyens de sensibiliser ce public. Cette commission consultative indépendante rend ce mercredi son diagnostic et propose de tout axer sur le « commerce connecté ».

Mounir Mahjoubi, le président du CNNum, nous explique :

Mounir Mahjoubi

Mounir Mahjoubi – Margot L’Hermite

« On ne peut pas dire à un patron de PME qu’il faut en même temps innover, se transformer, réinventer son modèle, sa place dans la chaîne de valeur, s’inscrire dans un écosystème, etc.

Il faut l’inciter en lui expliquant comment il peut mieux vendre, plus et de façon plus efficace. C’est la première étape ».

Trop complexe

Car au quotidien, ce n’est pas toujours ressenti comme nécessaire. Un des patrons de PME interrogés par le Conseil raconte :

« Nous sommes encore au fax. Et c’est en grande partie parce qu’il y a encore des commandes par fax chez les distributeurs. On aurait pu mettre en place le e-fax. Mes commerciaux travaillent encore au téléphone, constamment.

Nous utilisons quelques EDI [échanges de données informatisées, ndlr] avec nos clients, mais pour une grande partie d’entre eux, nous sommes toujours sur de la commande papier. »

Magasin

Magasin « Au Gagne-petit » – luctheo/Pixabay/CC0

Le président du CNNum reconnaît qu’il avait des idées préconçues. Il était convaincu que le frein venait du financement.

« En réalité, 50% des 200 entreprises que l’on a rencontrées nous ont dit qu’elles n’avaient pas de problème, qu’elles avaient décidé de ne pas y aller. Toutes nous ont dit : c’est compliqué. Par exemple, avec qui démarrer ? On leur a dit les uns avec un développeur freelance, les autres une agence web ou une SSII, qu’il fallait absolument du logiciel SAP ou du Salesforce…

Rien que comprendre l’offre de services, c’est compliqué, c’est le job d’un responsable du digital, mais une entreprise de moins de 500 salariés n’en a pas forcément. »

La cause serait donc plutôt la confusion, la crainte de se planter qu’un manque d’intérêt. Pas sans raison parfois. Exemple avec le témoignage recueilli lors des consultations de Hervé Letoret, de la société Apidiff :

« Pour mon site d’imprimerie, je voulais passer par une société, car c’était un site complexe. J’ai regardé sur Internet : j’ai trouvé une société suisse. La Suisse, cela me semblait sérieux. 5 000 euros, pour le développement d’un site d’imprimerie en ligne, je trouvais ça correct.

Il m’a demandé de payer en avance pour faciliter les choses. Six mois après : pas de site, pas d’argent, et l’huissier ne peut rien faire car la Suisse n’est pas en Europe. »

La couverture du rapport du Conseil national du numérique

La couverture du rapport du Conseil national du numérique – CNNum

Présence minimale en mode vitrine

Les entretiens ont malgré tout fait ressortir un certain scepticisme.

L’entreprise de confiserie du Lot-et-Garonne Lucien Georgelin par exemple a fait valoir que vendre en ligne des pots de confiture lourds et peu chers n’avait pas trop d’intérêt pour elle (même si elle a son site d’e-commerce) ; en revanche la prise de commande numérique avec ses clients distributeurs, oui. Le président du CNNum se fait l’avocat de la présence en ligne, même minimale en mode vitrine :

« Cela présente de l’intérêt même pour les entreprises locales de service. Par exemple un paysagiste employant cinq personnes s’est rendu compte que pour aller se référencer, c’est indispensable. L’absence en ligne peut inquiéter un acheteur en entreprise qui va avoir le réflexe d’aller chercher sur Google. On n’existe pas si on n’a pas pignon sur Web. »

Une réalité à l’ère numérique qui vaut d’ailleurs aussi de plus en plus pour les individus eux-mêmes : sans présence crédible sur le Web, on se met à douter de leur existence dans la vraie vie, comme dans l’affaire Meredith McIver, la responsable du plagiat du discours de Michelle Obama par Melania Trump…

Le problème numéro un serait donc le manque d’accompagnement de ces petits chefs d’entreprise, seuls face aux complexités du Web, sa jungle d’intermédiaires, son jargon en anglais pas toujours accessible. Il existe un réseau Transition numérique de 800 conseillers dédié aux PME mais apparemment peu d’entre elles le connaissent.

Cravate au vent, la

Cravate au vent, la « transition numérique » vue par le gouvernement – Transition numérique

Du coup, pour beaucoup, c’est la débrouille, avec les moyens du bord. Un dirigeant de TPE a confié lors des auditions :

« C’est mon cousin qui a créé mon site internet, sur WordPress. C’est mon fils qui m’a inscrit sur PriceMinister. »

Expert numérique à louer

Le CNNum préconise de créer « un nouveau réseau d’ambassadeurs du numérique, dense et homogène sur tout le territoire, pour aller à la rencontre des PME, en sortant de la logique de guichet », en ouvrant aux tiers-lieux, aux acteurs de la recherche et de la formation, etc.

Un dispositif à affiner pendant la phase de « co-construction » qui va durer jusqu’en octobre, avec des groupes de travail ouverts aux différentes parties prenantes.

Le Conseil recommande aussi de mettre en place « une plateforme de ressources personnalisables qui centraliserait tout, un portail d’information permettant un “autodiagnostic” des entreprises, avec un comparateur de prix, un guide juridique, un répertoire des aides, etc.

Le manque de moyens financiers reste un frein réel pour les plus petites entreprises (moins de 50 salariés). Une des solutions peut être le partage, la mise en commun. Le CNNum avance l’idée d’une mutualisation des compétences numériques. Mounir Mahjoubi :

“Comme un expert-comptable, on pourrait louer une semaine par mois un CDO [chief digital officer, responsable du numérique, ndlr].”

La mutualisation ce serait aussi à l’international, pour renforcer la présence des boîtes françaises sur les grandes places de marché, pour faciliter l’export du made in France à moindre coût. Il y a des solutions comme le recours à des intermédiaires qui s’occupent de l’emballage et l’expédition, tels que la start-up française Wing. Pour le président du CNNum :

“On a encore tendance à dire que l’export c’est lourd et cher. On doit pouvoir dire aux PME qu’aujourd’hui avec le numérique on peut aller à l’export pour quelques milliers d’euros. Il ne faut pas avoir peur.”

Le rapport suggère aussi de développer une aide financière au niveau régional.

Les

Les “chèques innovation” européens – Commission européenne

“Elle existe mais n’est pas distribuée”, s’étonne Mounir Mahjoubi. Ce serait des sortes de “chèques innovation” sur le modèle des “ICT vouchers” européens, comme il en existe en Suède, en Finlande et en Allemagne avec le programme Go Digital.

“Certaines régions, comme l’Aquitaine, le font mieux que les autres. Au début, elle donnait 100 000 euros puis finalement elle est descendue à 10 000 euros. En Espagne c’est 2 000 euros, en Ecosse 5 000 euros. On va y réfléchir mais je suis plutôt favorable à donner 100 000 vouchers à 2 000 euros.”

Des coups de pouce pour mettre le pied à l’étrier de milliers de petites entreprises plutôt que de gros chèques ne bénéficiant qu’à quelques-uns.

Source : PME : « Si on n’a pas pignon sur Web, on n’existe pas » – Rue89 – L’Obs

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *